Mardi 8 février 2 08 /02 /Fév 22:22

31 mini[1]La capacité à établir des interactions sociales réside dans notre aptitude à se représenter l’autre dans ses actes (intentionnalité) et ses émotions. Ce travail passe par la comparaison à son propre vécu et à ce qu’on sait de l’autre.

 

L'empathie est la capacité de se représenter les sentiments et les émotions d’autrui, sans les ressentir soi-même.

 

On peut recourir à plusieurs modes d’entrée pour introduire le concept d’empathie mais la neurologie a une explication « organique» : l’empathie serait liée à l’activité d’une population de neurones nommés « neurones miroirs ».

 

L’empathie dans le cadre de l’Alzheimer.

cervo 2Dans une logique de localisation des lésions caractérisant chaque type d’affection, pour la maladie d’Alzheimer, le siège lésionnel initial est hippocampique puis temporal et tardivement diffus (donc abordant l’aire 44 de Broadman ou aire de Broca, des neurones miroirs).

On peut proposer le paradigme que ce soit seulement à un stade avancé que l’empathie est altérée dans la maladie d’Alzheimer. link

 

Chez l’Alzheimer, le vécu est cependant très égocentré, le changement de point de vue (décentrage) est impossible ou difficile, les référentiels ont changé, de même les ajustements émotionnels sont mal contrôlés[1]. La partie de l’empathie qui concerne le formatage de son propre discours en fonction de la représentation qu’on se fait de ce que l’autre attend de nous parait exclue, la malade n’en est plus capable.

 

L’aidant, par la théâtralisation de sa communication, peut manipuler, dans un but « thérapeutique » (calmer sans « calmants médicamenteux »), la relation avec l’Alzheimer. On espère ainsi améliorer sa relation au monde, au cadre de vie, aux aidants et permettre l’ataraxie ou absence de conflit. Le cerveau de l’Alzheimer ne gère plus les mises en difficulté (les paradoxes ou les contradictions, ou les ambigüités) avec les individus et plus généralement avec l’environnement.

 

La théâtralisation de la communication peut manipuler, dans un but « thérapeutique » (calmer sans « calmants médicamenteux »), la relation de l’Alzheimer au monde, au cadre de vie, aux aidants et permettre l’ataraxie ou absence de conflit. L’Alzheimer ne gère plus les mises en difficulté (les paradoxes, les contradictions, et les ambigüités) avec les individus et plus généralement avec l’environnement.

 

Quels sont les canaux de l’empathie ?

 

Les codes de communication non verbaux font sens et sans doute plus que le sens des mots eux-mêmes. Les codes gestuels (vus) et vocaux (entendus) d’apaisement (et a contrario d’alerte) sont de mieux en mieux connus grâce aux travaux des éthologues et des psychiatres mais aussi des ethnologues. Ils ont bénéficié des réflexions sur les symboles signifiants propres à chaque groupe humain, à chaque culture (ethnologie médicale) et au final à chaque famille, à chaque individu.

Cette compilation de codes n’est  pas si chaotique si on se réfère, comme dans un rétro-contrôle constant, aux règles de base, si on est attentif et ouvert, et qu’on s’adapte en fonction des réactions que nos actes provoquent chez l’autre.

Des codes plus subtils, les apparences, l’habit ou la politesse par exemple, nous permettent une vie sociale.

 

La force d’évocation de ces codes passe par la représentation symbolique qui lui est liée : une cravate ou un jean, un maquillage excessif, une manière dans la gestuelle, dans la façon de parler, tout est plein de signaux pour déduire quelque chose de l’autre.

 

La relation est donc un théâtre même s’il nous paraît si naturel, spontané, sincère.

 

Rôle des aidants, théâtre et résilience

 

L’aidant « tuteur de résilience » a le premier rôle.

L’aidant, pour qu’il use de nouveaux codes de communication avec le malade, doit effondrer ses schémas habituels de communication. C’est la définition de la résilience : rupture, renaissance.

La théâtralisation de la relation n’est pas la négation de la sincérité de la relation. Elle n’en est que l’habillage utile à une relation adaptée.

 

Quel aidant ?

 

Pour qu’il y ait imitation donc empathie il faut que l’Alzheimer soit réceptif à tel aidant en particulier et, comme la relation avec son psy, le malade investit cet aidant d’un rôle privilégié : c’est sa « base de sécurité ».

S’il réussit sa communication cet aidant devient un « tuteur de résilience » pour le malade. L’aidant principal n’est pas forcément la base de sécurité, le tuteur de résilience ; c’est l’aidant « base de sécurité » qui sera à tout moment l’acteur principal de la relation empathique.

L’aidant doit aussi, on l’a dit, rester un récepteur empathique : s’il n’est pas en écoute des réactions que provoquent ses actes il ne pourra pas les ajuster (opportunisme, ajustement).

La théâtralisation est une représentation choisie, adaptée à cette situation nouvelle. C’est aussi un scenario mettant en cohérence des conseils certes judicieux mais éparpillés, donnés par les associations de famille et les livres divers.

 

Le travail de théâtre se fait sur la voix plus que sur le sens des paroles prononcées (la méthode proposée met en exergue le sens du son), sur le visage (capital), sur la manière de produire une gestuelle, sur les implicites dans les actions qu’on fait sans proposition verbalisée (qui ouvrirait la porte à l’opposition) et sur la distance au malade (proximologie). Tout doit avoir l’air naturel, « allant de soi », sans doute ni hésitation, sans précipitation ni excès de lenteur (impatience)[2].

 

Enfin, l’aidant « émetteur » de signaux doit garder à l’esprit un certain nombre de règles les plus clarifiées possibles, que le médecin « instructeur » doit ajuster, mettre à la portée du niveau de compréhension de chacun.

 

La première règle concerne la nature des signaux émis.

Un émetteur produit, simultanément, plusieurs signaux par des canaux différents (par exemple, un signal sonore et un signal optique).

 

Chaque signal véhicule un certain nombre d'informations communes à celles transmises par un autre signal. Cette redondance des signaux, associée à la présence d'éléments contextuels (indices), a un immense potentiel informatif. La durée d'un signal peut être prolongée par sa répétition ou son incorporation dans une séquence complexe dont l'enchaînement peut être modifié ou non par la réponse.

L’expression faciale, par exemple, est considérée comme la plus élaborée des signaux visuels. La complexité des expressions faciales croit avec le degré d'évolution des espèces.

L’aire de Broca, aire du langage exprimé, est aussi celle des neurones miroirs et de l’empathie : le discours (interne) sur les choses perçues, donc le conte du réel, sa re-présentation, sa re-formulation, non pas photographique mais ré-interprété est la définition même du théâtre. Le fait que cette ré-création soit un aspect reconstitué du réel n’entache pas le vécu personnel de sincérité. Mais savoir que ce réel auquel nous croyons n’est qu’une version du réel permet, sans scrupule infondé, l’application d’une communication instrumentalisée par les aidants pour le bien de la cellule de vie qui entoure et protège l’Alzheimer.

En effet, cette communication mobilise une compétence solide et durable de ces malades : la capacité empathique. Cette empathie provoquée, vu les failles du système de contrôle émotionnel du malade, essaie aussi de se servir de la contagion émotionnelle dans un but positif : l’apaisement.

Un des buts de la méthode est donc de favoriser un meilleur ajustement émotionnel du patient.

 

Conclusion

 

Le dévouement des aidants passe par un engagement personnel fort. Cet engagement est sous-tendu par une grande générosité donc une sincérité. Et cette qualité éthique de la relation met une barrière psychologique au principe de manipulation de la communication, souvent vécu comme une trahison de la relation.

La résilience en miroir aidant-malade passe pourtant par la communication. Et celle ci ne peut plus se servir des schémas symboliques antérieurs car la relation du malade au monde a changé. La « représentation » est, dans le cadre de la maladie d’Alzheimer, une manière de théâtraliser cette nouvelle réalité pour donner, sinon une cohérence, du moins un semblant d’harmonie à la relation aidant-malade et du malade au monde.



[1] Groupe de travail « résilience et Alzheimer », réunion du 22/10/2005, Lauris (83), France.

[2] Polydor J-P, in Alzheimer et communication, compte rendu du congrès du GRAL, Marseille, Ed SOLAL

Par MA - Communauté : MUSIQUE-ART-THERAPIE
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